Benjamin Constant

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La grande question de la vie est la souffrance que nous causons, et les plus ingénieuses métaphysiques ne justifient pas l'homme qui a brisé le cœur de celle qui l'aimait.

Henri-Benjamin Constant de Rebecque, Français ou simplement Benjamin Constant, était un activiste politique suisse-français et écrivain en théorie politique et religion. Républicain convaincu à partir de 1795, il soutint le coup d'État du 18 Fructidor, 4 septembre 1797 et celui suivant du 18 brumaire, 9 novembre 1799. Durant le Consulat, en 1800 il devint le leader de l'Opposition libérale. Ayant déplu à Napoléon et quitté la France pour se rendre en Suisse puis au Royaume de Saxe, il prit néanmoins parti pour Napoléon pendant les Cent-Jours et redevint politiquement actif pendant la Restauration française. Il fut élu Député en 1818 et resta en poste jusqu'à sa mort en 1830. Chef de l'opposition libérale, connue sous le nom d'Indépendants, il fut l'un des plus notables orateurs de la Chambre des Députés de France, en tant que partisan du système parlementaire. Pendant la Révolution de Juillet, il fut un partisan de l'accession de Louis-Philippe Ier au trône.

Il était l'auteur de nombreux essais sur des thèmes politiques et religieux, et écrivit également sur l'amour romantique, comme le Cahier rouge autobiographique de 1807 qui rend compte de son amour pour Madame de Staël, dont il devint le protégé et le collaborateur, notamment dans le cercle de Coppet, et une novella réussie, Adolphe en 1816.

Il était un libéral classique fervent du début du XIXe siècle.

Il affina le concept de liberté, le définissant comme une condition d'existence qui permettait à l'individu de se détourner de l'ingérence de l'État ou de la société. Ses idées influencèrent le mouvement du Trienio Liberal en Espagne, la Révolution libérale de 1820 au Portugal, la Guerre d'indépendance grecque, le soulèvement de Novembre en Pologne, la Révolution belge, et le libéralisme au Brésil et au Mexique.

Biographie

Henri-Benjamin Constant naquit à Lausanne de descendants de protestants huguenots français qui avaient fui d'Artois en Suisse pendant les Guerres de Religion au XVIe siècle. Son père, Jules Constant de Rebecque, servit comme officier de haut rang dans l'Armée des États hollandais, comme son grand-père, son oncle et son cousin Jean Victor de Constant Rebecque. Quand la mère de Constant, Henriette-Pauline de Chandieu-Villars, décéda peu après sa naissance, ses deux grands-mères s'occupèrent de lui. Des tuteurs privés l'éduquèrent à Bruxelles en 1779 et aux Pays-Bas en 1780. Tandis qu'il était à l'Université protestante d'Erlangen en 1783, il accéda à la cour de la Duchesse Sophie Caroline Marie de Brunswick-Wolfenbüttel. Il dut partir après une affaire avec une jeune fille, et s'installa à l'Université d'Édimbourg. Il y vécut au domicile d'Andrew Duncan et se lia d'amitié avec James Mackintosh et Malcolm Laing. Quand il quitta la ville, il promit de rembourser ses dettes de jeu.

Jouxtens-Mézery, Grosse Grange

En 1787, il retourna en Europe continentale, voyageant à cheval à travers l'Écosse et l'Angleterre. À cette époque, la noblesse européenne, avec ses prérogatives, subit une attaque féroce de la part de ceux, comme Constant, qui étaient influencés par le Discours sur l'inégalité de Rousseau. La famille de Constant le critiqua d'avoir omis une partie de son nom de famille. À Paris, à la maison de Jean-Baptiste-Antoine Suard, il fit la connaissance d'Isabelle de Charrière, une femme de lettres néerlandaise de 46 ans, qui aida plus tard à publier les Confessions de Rousseau, et qui connaissait extrêmement bien son oncle David-Louis Constant de Rebecque en vertu d'une correspondance de 15 ans. Tandis qu'il séjournait à sa maison à Colombier en Suisse, ensemble ils écrivirent un roman épistolaire. Elle agit comme une mentor maternelle pour lui jusqu'à la nomination de Constant à la cour de Charles William Ferdinand, Duc de Brunswick-Wolfenbüttel qui l'obligea à se déplacer vers le nord. Il quitta la cour quand la Guerre de la Première Coalition commença en 1792.

À Braunschweig, il épousa Wilhelmina von Cramm, mais elle divorça de lui en 1793. En septembre 1794, il rencontra et devint intéressé par la célèbre et riche Germaine de Staël déjà mariée, elle-même élevée selon les principes de Rousseau. Ils admiraient tous deux Jean Lambert Tallien et Talleyrand. Leur collaboration intellectuelle entre 1795 et 1811 les fit devenir l'un des couples intellectuels les plus célèbres de l'époque.

Paris

Après la Terreur en France en 1793–1794, Constant devint un partisan du bicamérisme et d'une assemblée semblable au Parlement de Grande-Bretagne. En France révolutionnaire, ce courant de pensée politique se traduisit par la Constitution de l'An III, le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens. En 1799, après le 18 Brumaire, Constant fut nommé à contrecœur, sur l'insistance de l'Abbé Sieyès, par Napoléon Bonaparte au Tribunat, malgré les graves réserves de ce dernier. Finalement, en 1802, le premier consul confirmé dans ses doutes, força Constant à se retirer en raison de la teneur de ses discours et de sa connexion étroite avec Mme de Staël.

Constant fit la connaissance de Julie Talma, la salonnière épouse de l'acteur François-Joseph Talma, qui lui écrivit de nombreuses lettres d'un intérêt humain remarquable.

En 1800, le Complot de la rue Saint-Nicaise, une tentative d'assassinat de Napoléon, échoua. En 1803, à un moment où la Grande-Bretagne et la France étaient en paix, Jean Gabriel Peltier, vivant en Angleterre, soutenait que Napoléon devrait être assassiné. L'avocat James Mackintosh défendit le réfugié français Peltier contre un procès en diffamation intenté par Napoléon – alors Premier Consul de France. Le discours de Mackintosh fut largement publié en anglais et aussi à travers l'Europe dans une traduction française par Madame de Staël. Elle fut forcée de quitter Paris en conséquence.

Portrait de Constant

De Staël, déçue par le rationalisme français, devint intéressée par le romantisme allemand. Elle et Constant se mirent en route pour la Prusse et la Saxe et voyagèrent avec ses deux enfants à Weimar. La Duchesse Anna Amalia de Brunswick-Wolfenbüttel les accueillit le jour après leur arrivée. À Weimar, ils rencontrèrent Friedrich von Schiller. En raison de maladie, Johann Wolfgang Goethe hésita d'abord. À Berlin, ils rencontrèrent August Wilhelm Schlegel, et son frère, Friedrich Schlegel. Constant quitta de Staël à Leipzig et en 1806 vécut à Rouen et Meulan, où il commença à travailler sur son roman Adolphe. En 1808, il épousa secrètement Caroline von Hardenberg, une femme qui avait été divorcée deux fois, elle était apparentée à Novalis et à Karl August von Hardenberg. Il retourna à Paris en 1814, où la Restauration française eut lieu et Louis XVIII devint roi. En tant que membre du Conseil d'État, Constant proposa une monarchie constitutionnelle. Il devint ami avec Madame Récamier tandis qu'il se brouilla avec Germaine de Staël, qui lui avait demandé de rembourser ses dettes de jeu quand leur fille, Albertine, épousa Victor de Broglie. Pendant les Cent-Jours de Napoléon, qui était devenu plus libéral, Constant s'enfuit en Vendée, mais revint quand il fut invité plusieurs fois aux Tuileries pour mettre en place des changements pour la Charte de 1815.

Après la Bataille de Waterloo le 18 juin 1815, Constant s'installa à Londres avec sa femme. En 1817, l'année où Madame de Staël mourut, il était de retour à Paris, et fut élu à la Chambre des Députés, la chambre législative inférieure du gouvernement de l'époque de la Restauration. L'un de ses orateurs les plus éloquents, il devint un leader du bloc parlementaire d'abord connu sous le nom d'Indépendants et plus tard comme « libéraux ». Il devint un opposant de Charles X de France pendant la Restauration entre 1815 et 1830.

En 1822, Goethe félicita Constant dans les termes suivants :

En 1830, le Roi Louis-Philippe Ier donna à Constant une grosse somme d'argent pour l'aider à payer ses dettes, et le nomma au Conseil d'État. Constant aurait été le père d'Albertine de Staël-Holstein 1797–1838, qui épousa plus tard Victor de Broglie 1785–1870. Constant mourut à Paris le 8 décembre 1830 et fut enterré au cimetière du Père-Lachaise.

Philosophie politique

Liberté ancienne et moderne

L'un des premiers penseurs à porter le nom de « libéral », Constant regarda vers la Grande-Bretagne plutôt que vers la Rome antique pour un modèle pratique de liberté dans une grande société commerciale. Il fit une distinction entre la « Liberté des Anciens » et la « Liberté des Modernes ». La Liberté des Anciens était une liberté républicaine participative, qui donnait aux citoyens le droit d'influencer la politique directement par des débats et des votes dans l'assemblée publique. Pour soutenir ce degré de participation, la citoyenneté était une obligation morale pénible exigeant un investissement considérable de temps et d'énergie. Généralement, cela nécessitait une sous-société d'esclaves pour faire la majorité du travail productif, laissant les citoyens libres de délibérer sur les affaires publiques. La Liberté antique était également limitée à des sociétés relativement petites et homogènes composées d'hommes, dans lesquelles ils pouvaient se rassembler convenablement en un seul endroit pour traiter les affaires publiques.

La Liberté des Modernes, en contraste, était fondée sur la possession de libertés civiles, l'état de droit, et la liberté par rapport à l'ingérence excessive de l'État. La participation directe serait limitée : une conséquence nécessaire de la taille des États modernes, et aussi le résultat inévitable d'avoir créé une société commerciale dans laquelle il n'y avait pas d'esclaves mais où presque tout le monde devait gagner sa vie par le travail. À la place, les électeurs éliraient des représentants, qui délibéreraient au Parlement au nom du peuple et épargneraient aux citoyens l'implication politique quotidienne.

Critique de la Révolution française

Il critiqua plusieurs aspects de la Révolution française, et les échecs du bouleversement social et politique. Il expliqua comment les Français avaient tenté d'appliquer les libertés républicaines antiques à un État moderne. Constant réalisa que la liberté signifiait tracer une ligne entre la vie privée d'une personne et celle de l'ingérence de l'État. Il félicita l'esprit noble de régénération de l'État. Cependant, il affirma qu'il était naïf pour les écrivains de croire que deux mille ans n'avaient pas apporté quelques changements dans les coutumes et les besoins du peuple. La dynamique de l'État avait changé. Les populations antiques pâlissaient en comparaison avec la taille des pays modernes. Il soutint même qu'avec une grande population, l'homme n'avait aucun rôle dans le gouvernement indépendamment de sa forme ou son type. Constant souliqna comment les citoyens dans les États antiques trouvaient plus de satisfaction dans la sphère publique et moins dans leurs vies privées tandis que les gens modernes favorisaient leur vie privée.

Isabelle de Charrière, une intellectuelle néerlandaise-suisse avec qui Constant mena une vaste correspondance

La dénonciation répétée de Constant du despotisme imprégna sa critique des philosophes politiques français Jean-Jacques Rousseau et Abbé de Mably. Ces écrivains, influents dans la Révolution française, selon Constant, confondirent l'autorité avec la liberté et approuvèrent tous les moyens d'étendre l'action de l'État. Les prétendus réformateurs utilisèrent le modèle de force publique de l'Ancien Régime, et organisèrent le despotisme le plus absolu au nom de la République. Il condamna continuellement le despotisme, citant la contradiction d'une liberté dérivée du despotisme, et la nature vide de cette idéologie.

De plus, il signala la nature préjudiciable de la Terreur, en tant que délire inexplicable. Dans les termes de François Furet, toute la « pensée politique » de Constant s'articulait autour de cette question, à savoir le problème de justifier la Terreur. Constant comprit le sur-investissement désastreux des révolutionnaires dans la sphère politique. Les révolutionnaires français tels que les Sans-culottes étaient la force principale dans les rues. Ils promurent une vigilance constante en public. Constant signala comment malgré la vie la plus obscure, l'existence la plus tranquille, le nom le plus inconnu, cela n'offrait aucune protection pendant la Terreur. La mentalité collective omniprésente découragea beaucoup de gens sensés et aida à l'arrivée de despotes comme Napoléon.

Le commerce préférable à la guerre

De plus, Constant croyait que, dans le monde moderne, le commerce était supérieur à la guerre. Il attaqua la belligérance de Napoléon, au motif qu'elle était non libérale et ne convenait plus à l'organisation sociale commerciale moderne. La Liberté antique tendait à dépendre de la guerre, tandis qu'un État organisé selon les principes de la Liberté moderne tendrait à être en paix avec toutes les autres nations pacifiques.

Tableau par Marguerite Gérard, Mme de Staël et sa fille (vers 1805) ; de Staël était la partenaire et collaboratrice intellectuelle de Constant

Constant croyait que si la liberté devait être sauvegardée des suites de la Révolution, alors la chimère de la Liberté antique devait être réconciliée avec le pratique pour atteindre la Liberté moderne. L'Angleterre, depuis la Glorious Revolution de 1688, et le Royaume-Uni après 1707, avait démontré la praticabilité de la Liberté moderne et la Grande-Bretagne était une monarchie constitutionnelle. Constant conclut que la monarchie constitutionnelle était mieux adaptée que la République pour maintenir la Liberté moderne. Il fut instrumental dans la rédaction de l'« Acte Additional » de 1815, qui transforma la règle restaurée de Napoléon en une monarchie constitutionnelle moderne. Cela ne devait durer que pour les « Cent-Jours » avant que Napoléon soit vaincu, mais le travail de Constant fournit néanmoins un moyen de réconcilier la monarchie avec la liberté. En effet, la Constitution française ou Charte de 1830 pourrait être considérée comme une mise en œuvre pratique de nombreuses thèses de Co

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