Abou al-Alaa al-Maari (arabe : أبو العلاء المعرّي, nom complet أبو العلاء أحمد بن عبد الله بن سليمان التنوخي المعري ('Abū al-ʿAlāʾ Aḥmad ibn ʿAbd Allāh ibn Sulaymān al-Tanūẖī al-Maʿarrī'), né le 27 décembre 973 à Ma`arrat an-Numan et mort le 20 mai 1057 dans la même ville (363-449 du calendrier hégirien), est un important poète arabe, connu pour l
Biographie
Abou al-Alaa al-Maari (arabe : أبو العلاء المعرّي, nom complet أبو العلاء أحمد بن عبد الله بن سليمان التنوخي المعري ('Abū al-ʿAlāʾ Aḥmad ibn ʿAbd Allāh ibn Sulaymān al-Tanūẖī al-Maʿarrī'), né le 27 décembre 973 à Ma`arrat an-Numan et mort le 20 mai 1057 dans la même ville (363-449 du calendrier hégirien), est un important poète arabe, connu pour la virtuosité de sa langue, ainsi que pour l'originalité et le pessimisme de sa vision du monde.
Ses poèmes philosophiques sont nourris d’une tristesse existentielle profonde, faisant du pessimisme une ligne de conduite et le départ de toute réflexion philosophique. On a aussi vu en lui un hérétique.
Descendant de la tribu de Tanukh — comme l'indique sa nisba, al-Tanūẖī — , il naquit à Ma`arrat an-Numan au sud-ouest d'Alep dans une famille de juristes. Son grand-père et son père sont qâdi. Le père est un homme lettré que l'on respecte et qui est connu pour être généreux et honnête. Sa mère descend elle aussi d'une famille de notables cultivés. Al-Ma'arrî a deux frères qui furent également poètes.
La varicelle le laissa pratiquement aveugle dès l'âge de quatre ans. Dès lors, il se consacre à l'étude (et il s'inscrit ainsi dans une longue tradition de lettrés aveugles, au nombre desquels on trouve les noms de Bashâr ibn Burd et Taha Hussein). Il travaille sous la direction de son père, et compose ses premiers poèmes à l'âge de onze ans. À quatorze ans, son père décède — un événement marquant pour l'adolescent qui part alors étudier à Alep, puis peut-être à Antioche et à Tripoli (Liban). On rapporte que dans cette dernière ville, il aurait entendu une personne s'entretenir de philosophie grecque, ce qui aurait été un des germes de son doute.
Il revient dans sa ville natale à l'âge de vingt ans, sans doute en possession des principales connaissances de son temps. Cela aurait été rendu possible par sa mémoire exceptionnelle, à propos de laquelle on raconte nombre d'anecdotes. Il aurait ainsi été capable de réciter de larges extraits d'ouvrages après une simple écoute. Il reste durant une quinzaine d'années à Ma`arrat, composant des poèmes qu'il récite dans les cercles littéraires de la ville. Toutefois, très vite, il refuse d'écrire des éloges de circonstance. Il écrit ainsi dans L'Éclat du silex : « Je n'ai point frappé à la porte des grands seigneurs pour qu'ils m'entendent réciter ma poésie, et je ne leur ai pas adressé des louanges pour en obtenir récompense. »
Il mène une vie simple, à l'écart, dans la solitude. Mais on perçoit en lui une inquiétude spirituelle ainsi qu'un orgueil blessé par son handicap, le refus de toute liaison sentimentale, une certaine sauvagerie aussi, tous traits qui iront en croissant et l'amèneront à choisir la réclusion chez lui.
Héritage et influence
En 1008, à trente-six ans, il décide pourtant de se rendre à Bagdad, où il pourrait bien avoir eu l'intention de s'établir définitivement, peut-être pour y mener une vie plus facile et agréable. Néanmoins, il n'y reste qu'un an et sept mois. C'est le seul voyage qu'on lui connaisse qui, à part ses études, l'éloigna de sa ville natale. À Bagdad, ville du savoir en pleine effervescence intellectuelle à cette période, il fréquente les cercles littéraires, les deux vastes bibliothèque de la capitale de l'Empire abasside, et fréquente le cercle ismaélien des célèbres Frères de la pureté. Il est bien reçu dans les milieux intellectuels de Bagdad, preuve qu'il jouissait déjà d'une bonne réputation.
Pourtant, sa situation n'est pas très satisfaisante. Il se heurte aussi à l'hostilité de certains milieux littéraires, et refuse les compromis, les flatteries attendues d'un écrivain, les complots et perfidies entre littérateurs et les intrigues politiques. À cela vient s'ajouter la nouvelle que de la maladie de sa mère. En 1010, déçu et blessé, il décide donc de quitter Bagdad — qui ne vaut pas mieux à ses yeux que Damas ou Alep — et de retourner chez lui. Il écrit d'ailleurs à un ami : « Deux raisons m'ont obligé à te laisser : une mère que je n'ai d'ailleurs pas pu revoir et des ressources réduites à une somme dérisoire. » Il est encore sur le chemin du retour quand il apprend la mort de sa mère, événement qui l'amène à une décision majeure, longuement réfléchie mais qui désormais s'impose avec évidence : âgé de trente-huit seulement, il décide de couper ses liens avec le monde et se cloîtrer dans sa maison, et ce pour le restant de ses jours. Il l'annonce d'ailleurs officiellement à son arrivée à Ma'arat, dans une longue lettre adressée à ses habitants ; il y déclare : « Mon âme n'a pas permis que je revienne avant que je ne lui aie juré trois choses : que je renonce à tout comme des graines renoncent à leur gousse, que je me sépare du monde comme l'oisillon [se sépare] de sa coquille, et que je me fixe en ce lieu qui est le mien, quand bien même ses habitants fuiraient par peur des Byzantins. »
Dès lors, il ne quittera plus sa ville natale, renonce à la richesse matérielle et se retire dans une habitation reculée, où il vit dans des conditions modestes. Localement, Al-Ma'arrî jouit de respect et d'autorité, et de nombreux étudiants viennent s'instruire auprès de lui. Il entretint également une riche correspondance.
Al-Ma'arrî a écrit une soixantaine d'ouvrages, dont cinq seulement nous sont parvenus, à quoi vient s'ajouter sa correspondance.
Ses premières poésies, œuvre de jeunesse, sont rassemblées dans le recueil intitulé Saqt az-zand (« L'éclat de silex ») : ensemble de poèmes lyriques d'élégies et de panégyriques, qui jouit d'une grande popularité. Vient ensuite Al-Fusûl wa al-Ghâyât (« Dessins et Desseins » ou « Chapitres et Terminaisons »), qui regroupe des exhortations rimées et commentées. Les adversaires d'al-Maari y ont vu un pastiche sacrilège du Coran, idée rejetée par l'historien Hamilton Gibb en 1926 : « Ce que Abû-l-'Alâ' entend réellement par cet ouvrage reste un problème irrésolu ».
Al-Maari écrivit un second recueil de poésies plus original, Luzum ma lam yalzam (« La nécessité inutile »), ou Luzûmiyyât (en) (« Les impératives »), est un long poème qui moque de la tyrannie de la rime unique.
En 1974, Pieter Smoor a découvert un quatrième ouvrage : Risâlat as-Sâhil wa-sh-Shâhij (« L'Épître du cheval et du mulet »), qui se présente comme un dialogue humoristique entre deux animaux.


