Jacques Auguste de Thou

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Jacques Auguste de Thou était un historien français, collectionneur de livres et président du Parlement de Paris.

Vie

Jacques Auguste de Thou était le petit-fils d'Augustin de Thou, président du parlement de Paris décédé en 1544, et le troisième fils de Christophe de Thou décédé en 1582, premier président du même parlement, qui avait eu l'ambition de produire une histoire de France. Son oncle était Nicolas de Thou, évêque de Chartres de 1573 à 1598. Avec cet héritage familial, il développa un amour de la littérature, une piété ferme mais tolérante, et une loyauté envers la Couronne.

À dix-sept ans, il commença ses études de droit, d'abord à Orléans, puis à Bourges, où il fit la connaissance de François Hotman, et enfin à Valence, où il eut Jacques Cujas pour maître et Joseph Justus Scaliger comme ami. Il était d'abord destiné à l'Église ; il reçut les ordres mineurs, et à la nomination de son oncle Nicolas à l'épiscopat, il le succéda en tant que chanoine de Notre-Dame de Paris.

Jacques Auguste de Thou, président du parlement de Paris

Au cours des dix années suivantes, il saisit chaque occasion de voyages fructueux. En 1573, il accompagna Paul de Foix dans une ambassade, ce qui lui permit de visiter la plupart des cours italiennes ; il forma une amitié avec Arnaud d'Ossat, qui devint par la suite évêque de Rennes, évêque de Bayeux et cardinal, qui était secrétaire de l'ambassadeur. L'année suivante, il fit partie du cortège brillant qui ramena le roi Henri III en France, après sa fuite de son royaume polonais. Il visita également plusieurs parties de la France, et à Bordeaux, il rencontra Michel de Montaigne. À la mort de son frère aîné Jean le 5 avril 1579, qui était maître des requêtes au parlement, ses relations le pressèrent de quitter l'Église, et il entra au parlement et se maria en 1588. La même année, il fut nommé conseiller d'État. Il servit fidèlement à la fois Henri III et Henri IV, car ils représentaient tous deux l'autorité légitime.

Il succéda à son oncle Augustin en tant que président à mortier en 1595, et utilisa son autorité dans l'intérêt de la paix religieuse. Il négocia l'Édit de Nantes avec les protestants, tandis qu'au nom des principes de l'Église gallicane, il s'opposa à la reconnaissance du Concile de Trente.

Après la mort d'Henri IV, de Thou subit une déception ; la régente, Marie de Médicis, lui refusa le poste de premier président du parlement, le nommant à la place comme membre du Conseil des finances destiné à remplacer Sully. C'était pour lui une rétrogradation ; il continua cependant à la servir, et participa aux négociations des traités conclus à Sainte-Menehould en 1614 et à Loudun en 1616. Il mourut à Paris. Son fils était François Auguste de Thou, qui fut exécuté par le roi Louis XIV et le cardinal Richelieu, en tant que complice avec Henri Coiffier de Ruzé, marquis de Cinq-Mars en 1642.

Armoiries

D'argent, à un chevron de sable accompagné en chef et en pointe de trois mouches de même.

Œuvres

Son attitude l'exposa à l'animosité du parti de la Ligue et du Saint-Siège, et à leur persécution quand la première édition de son histoire parut. Cette histoire fut l'œuvre de sa vie. Dans une lettre du 31 mars 1611, adressée au président Pierre Jeannin, il décrivit ses travaux. Ses matériaux provenaient de sa riche bibliothèque, qu'il établit rue des Poitevins en 1587, avec les deux frères Pierre et Jacques Dupuy en tant que bibliothécaires. Son objectif était de produire une œuvre scientifique et impartiale, et pour cette raison, il l'écrivit en latin, en lui donnant le titre Historia sui temporis. Les 18 premiers livres, couvrant la période de 1545 à 1560, parurent en 1604 en 1 volume in-folio, et l'ouvrage fut immédiatement attaqué par ceux que l'auteur lui-même appelle les envieux et les factieux.

Statue de de Thou par Jean Barnabé Amy sur la façade de l'Hôtel de Ville, Paris

La deuxième partie, traitant des premières guerres de religion de 1560 à 1572, y compris le massacre de la Saint-Barthélemy, fut mise à l'Index Librorum Prohibitorum le 9 novembre 1609. La troisième partie jusqu'en 1574, et la quatrième jusqu'en 1584, qui parurent en 1607 et 1608, provoquèrent un tollé similaire, malgré les efforts de de Thou pour rester juste et impartial. Il poussa le scrupule au point d'interdire toute traduction de son livre en français, car dans le processus, il pourrait, selon ses propres paroles, « être commises de grandes fautes et erreurs contre l'intention de l'auteur » ; cela cependant n'empêcha pas le père jésuite Machault de l'accuser d'être « un faux catholique, et pire qu'un hérétique avéré » en 1614 ; de Thou, nous pouvons le dire, était membre du tiers-ordre de Saint-François. En réponse à ses détracteurs, il écrivit ses Mémoires, qui sont un complément utile à l'Histoire de son temps.

À de Thou, nous devons également certains autres ouvrages : un traité De re accipitraria en 1784, une Vie, en latin, de Papyre Masson, quelques Poemata sacra, etc.

Éditions

Trois ans après la mort de de Thou, Pierre Dupuy et Nicolas Rigault publièrent la première édition complète de l'Historia sui temporis, comprenant 138 livres ; ils y ajoutèrent les Mémoires, également en latin, en 1620. Cent ans plus tard, Samuel Buckley publia une édition critique, dont le matériel avait été rassemblé en France par Thomas Carte en 1733. De Thou fut traité comme un classique, un honneur qu'il méritait. Son histoire est un modèle de recherche exacte, tirée des meilleures sources, et présentée dans un style élégant et animé ; malheureusement, même pour les hommes de la Renaissance, le latin était une langue morte ; il était impossible pour de Thou de trouver des équivalents exacts pour les termes techniques de géographie ou d'administration.

Comme les raisons qui avaient poussé de Thou à interdire la traduction de son histoire monumentale ont disparu avec sa mort, il y eut bientôt un mouvement pour la rendre plus accessible. Elle fut d'abord traduite en allemand. Un pasteur protestant, G Boule, qui fut par la suite converti au catholicisme, la traduisit en français, mais ne put trouver d'éditeur. La première traduction imprimée fut celle de Pierre Du Ryer en 1657, mais elle est médiocre et incomplète.

Au siècle suivant, l'abbé Prévost, qui fut un collaborateur consciencieux des Bénédictins de Saint-Maur avant de devenir l'auteur de l'ouvrage plus profane Manon Lescaut, était en pourparlers avec un éditeur hollandais pour une traduction qui devait comprendre dix volumes ; seul le premier volume parut en 1733. Mais la concurrence, peut-être d'un caractère déloyale, surgit. Un groupe de traducteurs, qui eut la bonne fortune de pouvoir se servir de la belle édition de Buckley, réussit à faire paraître en même temps une traduction en seize volumes De Thou, Histoire universelle, trad. fr. par Charles le Beau, Le Mascrier, l'Abbé Des Fontaines, en 1734. Quant aux Mémoires, ils avaient déjà été traduits par Le Petit et Des Ifs en 1711 ; sous cette forme, ils ont été réimprimés dans les collections de Petitot, Michaud et Buchon.

Pour sa vie, on peut consulter les souvenirs de lui rassemblés par les frères Dupuy Thuana, sive Excerpta ex ore J. A. Thuani per F.F.P.P., Paris, 1669 F.F.P.P.=Fratres Puteanos, c'est-à-dire les frères Dupuy ; réimprimé dans l'édition de 1733, et les biographies par J. A. M. Collinson The Life of Thuanus, London: Longman, Hurst, Rees, and Orme, 1807, et Heinrich Düntzer, Jacques Auguste de Thou's Leben, Schriften und historische Kunst verglichen mit der der Alten, Darmstadt: Leske, 1837.

Voir aussi Henry Harrisse, Le Président de Thou et ses descendants, leur célèbre bibliothèque, leurs armoiries et la traduction française de J. A. Thuani Historiarum sui Temporis Paris: Librairie H. Leclerc, 1905.

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